Le problème avec l’Islande…

Cet article est apparu dans mon fil d’actualité Facebook et j’ai l’impression qu’il avait été écrit pour moi… depuis quelque temps déjà, je me pose la question de ma valeur en tant que photographe. Pourquoi tel photographe est plus populaire et a plus de « likes » sur Facebook ? Pourquoi je n’ai booké aucun mariage en Islande ou en Toscane ? Pourquoi je ne reçois pas de récompenses et pourquoi je ne suis pas publiée ? Est-ce que mes photos sont moins bonnes ? Est-ce que je suis une moins bonne photographe que mes collègues primés, publiés, vénérés ?

Toutes ces questions sont je pense le lot de tous les artistes, et nous sommes nos pires ennemis en matière d’auto-questionnement et de doute. Je sais que cette question revient souvent sur mon blog, mais c’est tout simplement une lutte quotidienne. Et cela devient de plus en plus dur avec internet, les réseaux sociaux, car tout est accessible, on voit tout, on sait tout de ce que tout le monde fait.

Cela nous amène donc au problème de l’Islande, évoqué par le très bon Spencer Lum. Si vous n’êtes pas photographe de mariage, vous ne l’avez peut-être pas remarqué mais l’Islande est devenue LA destination à la mode pour les mariages dernièrement, et surtout pour un certain type de mariages : elopements, deux personnes qui se marient en haut d’une montagne, les cheveux balayés par le vent, avec en fond le paysage sublime de l’Islande et avec pour seul témoin, un photographe qui a souvent fait des milliers de kilomètres juste pour photographier ce couple. Sur le papier, ça a l’air super – et ça l’est sûrement ! Mais Spencer Lum se demande pourquoi autant de personnes le font. Parce que c’est joli ? Parce que c’est à la mode ? Il met le doigt sur une réalité : la photographie de mariage est à l’ère de « tout le monde fait la même chose » (« sameness » dans le texte).

La plupart du temps – et je l’ai déjà exprimé ici ou sur Facebook -, je me sens à part, comme ne faisant pas partie du club des photographes cool. C’est dur de combattre cette envie de se comparer tout le temps, car notre métier nous force quelque part à nous évaluer toujours par rapport à l’avancement des autres. Oui, il y a des citations qui nous disent que notre plus compétiteur doit être nous-même, mais il faut être réalistes, nous sommes assaillis de listes de « Top Ten best wedding photographers of the year », de « Best destination wedding photographers » et « Most amazing photographers in the entire world ». Tout ça nous jette à la face que nous ne sommes pas amazing, great ou top of the best. Nous les autres… les photographes inconnus. Oui, on est heureux pour ceux qui y sont arrivés, mais cela ne doit pas nous enlever notre valeur. Je connais une tonne d’excellents photographes inconnus, qui ne sont pas dans le Martha Stewart ou dans le dernier PDN Magazine. Ils sont quand même de bons photographes, qui font leur chemin à travers les modes et les tendances. Ils ne sont peut-être pas allés en Islande mais comme le dit Spencer Lum, ils ont exploré leur propre île, et ont délivré un travail qui a du sens. Oui, c’est sûr qu’on aimerait tous aller photographier des mariages en Australie ou en  Islande ou en Nouvelle-Zélande, mais si ça n’a pas de sens, si on y va juste pour la gloire, et pour faire comme les autres, alors autant rester là où on est et peut-être faire une différence à un niveau local et être juste « nous-mêmes ».

Je finirai avec une citation de l’article de Spencer qui à mon sens, résume bien tout l’article. Mais je vous invite à le lire en entier (en anglais, mais Google Translate est votre ami !).

We are defined by how we are different. No one says you’re you because the things you do or the beliefs you have are just like everyone else. You are you, because of all the ways you’re different. That’s how it goes. We are our exceptions, not our conformity.

xoxo

Emilie

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  • novembre 25, 2014 - 1:04

    Charlotte Laurent - Super article … Comme d’habitude, tu sais te confier à nous comme il le faut. PS : Je t’y emmènerais tout de suite en Islande si je le pouvais.ReplyCancel

  • novembre 25, 2014 - 1:21

    Sonia Bourdon - Cet article de Spencer m’a beaucoup fait réfléchir aussi et ça me fait du bien de vous lire. Tsé il y a toute sorte de modes et les modes elles passent toujours et parfois elles reviennent, l’important c’est de rester vrai par rapport à soi-même et de ne pas trop regarder chez le voisin même si c’est difficile. Je pense qu’en restant authentique dans notre démarche, notre travail aura toujours de la valeur pour quelqu’un même si c’est pas un magazine ou un blogue très connu. Lâche pas Emilie ton travail est magnifique!ReplyCancel

    • décembre 20, 2014 - 7:16

      Emilie - Merci Sonia! ça fait plaisir de ne pas se sentir seule. :)ReplyCancel

  • novembre 26, 2014 - 11:03

    Laurent Pareau - Merci Emilie <3 :-)ReplyCancel

  • novembre 27, 2014 - 4:51

    davisanstudio - oh merci pour cet article ; de quoi se remettre du « baume au coeur » de bon matin, en cette période un peu triste !ReplyCancel

  • novembre 27, 2014 - 4:46

    Qui suis-je ? Qui êtes-vous ? | P comme Photographe Portrait Paris - […] hier j’ai lu cet article  et d’autres échanges sur le sujet. Et je me questionne, pourquoi mes clients sont Mes […]ReplyCancel

  • février 3, 2015 - 3:31

    Valentine - Je découvre cet article seulement aujourd’hui et pourtant si l’avais connu plus tôt j’aurais déjà pu te répondre la chose suivante: en tant que femme déjà mariée et amoureuse des mariages, je pense qu’un bon photographe n’est pas celui qui est obligatoirement un globe trotter. C’est vrai cela peut correspondre à certains couples qui ont dans leur âme la nécessité des grands espaces mais tu le sais comme moi, la majorité des gens aiment leur univers, leur petit quotidien fait de riches instants de bonheur. Certes ces photos en Islande sont vraiment magnifiques, mais si on vous met tous à un workshop dans de telles conditions je suis quasiment persuadée que ce qui ressortira sera sublime. La vraie difficulté est de rendre un bon travail dans un cadre beaucoup moins grandiose, et de surtout faire ressortir les émotions, la vraie beauté des mariés. J’adore les reportages photos dans les maisons des gens, et c’est sur ce genre de travail que je repère les photographes qui me plaisent. Ceux qui savent sublimer la banalité. le vrai talent selon moi. Bises ma belle et think positive!ReplyCancel

    • février 3, 2015 - 12:26

      Emilie - Merci Valentine, c’est exactement ce que je ressens. Parfois, la beauté est plus dans la redécouverte du quotidien et du « banal » que dans la découverte de grands espaces qui seront forcément spectaculaires.ReplyCancel

  • mai 5, 2015 - 11:21

    Wendy Dijoux Gangnant - Le plus difficile est de rendre la banalité, sublime! et toi tu sais le faire! Moi aussi je me pose ses mêmes questions mais dans le monde des make up artists! En tout cas, tu as dèjà globe trotter tes converses plus loin que certains : Réunion, France, canada, Italie, Australie, (et je sais pas tout )… To be continue…ReplyCancel